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Le blog de lapalettedecouleurs.over-blog.com

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Des centaines de vidéos pour vous aider à comprendre le dessin et la peinture (aquarelle, huile, acrylique), mais aussi l'écologie des cours d'eau, la lecture en écoutant de la musique relaxante

Publié le par laurent
Publié dans : #peintres

ÉCLATS DE VIE
"Il faut refaire le visage humain ! Telle est injonction qu’Antonin Artaud adressait aux peintres en 1947. Après des années de guerre et d’horreur, l’humanité révélait qu’elle portait « une espèce de mort perpétuelle sur son visage dont c’est au peintre justement de la sauver en lui rendant ses propres traits ».
À la guerre, à la violence destructrice, à la puissance des forces de mort qui hantent l’histoire, l’artiste répond par une guerre à vie. Comme Van Gogh, il travaille à coups de boutoir pour libérer la puissance vitale que l’homme refoule au point d’avoir transformé son visage en « une force vide, un champ de mort ».
À sa manière, qui lui est propre, Françoise Nielly refait le visage humain dans chacun de ses tableaux. Et elle le refait, aussi, à coups de boutoir, à coups de couteau balafrés sur le visage. Les éclats de vie qui surgissent de ses tableaux naissent d’un corps à corps avec la toile. La couleur est lancée comme un projectile. Son énergie donne à chaque touche l’intensité d’une vibration sonore. Les taches de peinture sont des touches musicales, dissonantes et bruyantes comme la vie. Mais dans l’espace du tableau, elles s’harmonisent en un unique timbre qui, à chacun des visages, donne son âme. Ils ont l’ironique beauté de fantasmes ou de fantômes aux yeux fascinants et fascinés. Ils se répondent en série, tels les masques funéraires de notre civilisation, derrière lesquels bouillonne la puissance turgescente de la vie. Si forte qu’elle nous détruirait d’un souffle, d’un regard, sans la protection de ces visages hiératiques. De quelle mort la peinture les a-t-elle ressuscités ? Est-ce parce qu’ils en conservent le souvenir qu’une étrange mélancolie trouble l’intensité de leur regard ? Regardant, ils gardent le silence, comme l’ont fait Orphée et Eurydice, jusqu’au moment fatal du regard qui l’a renvoyée dans le domaine des ombres. Bouche close, silencieuse, leurs lèvres s’épanouissent en une fleur vénéneuse, viride et virulente. Mais leur regard nous réveille d’entre les morts.  Leur mélancolie devient une fureur, celle de la vie qui jaillit avec la force de ses humeurs : rouge comme le sang, noire comme la bile, jaune comme l’éclat brûlant du soleil, bleue comme un ciel d’acier. L’artiste réveille dans le champ du visage humain ce qu’Artaud appelle « une vieille revendication révolutionnaire » qui n’a pas encore trouvé sa forme. Les tableaux de Françoise Nielly en sont la preuve. La vie, par force, est révolutionnaire. Et il n’a jamais été aussi nécessaire de le rappeler. À la cohorte des visages blêmes et tristes de nos contemporains, dont toute vitalité semble avoir été aspirée par l’obscène débauche d’images médiatiques, Françoise Nielly oppose, impose à la vue, ces portraits dont chacun, sous un angle différent, mais chaque fois répété, expose le violent visage de la vie".

Camille Dumoulié
 
 

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